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Textes adoptés
Adopté2026-10-06Économie & marché

Amendes jusqu'à 0,02 % du PIB pour les déficits excessifs dans la zone euro

Texte adopté
Pour45068 %
Contre13520 %
Abstention7511 %
Non votant00 %
Explication détaillée

Comprendre le texte adopté

En bref

Le Parlement a adopté une position qui maintient et réécrit deux règlements sur la surveillance budgétaire dans la zone euro, alors que la Commission voulait les abroger. Un État membre qui ne corrige pas son déficit excessif risque une amende pouvant atteindre 0,02 % de son PIB de l'année précédente, à payer tous les six mois jusqu'à ce qu'il agisse. Les plans budgétaires nationaux devront être envoyés chaque année avant le 15 octobre et rendus publics. Le texte est la position finale négociée avec les gouvernements de l'UE ; ceux-ci doivent encore l'approuver formellement avant qu'il ne devienne loi.

01

Contexte

En 2024, l'UE a réformé ses règles budgétaires pour simplifier la surveillance et donner plus de place aux plans nationaux. La Commission proposait ensuite d'abroger deux règlements de la zone euro devenus selon elle redondants : celui sur les sanctions en cas de déficit excessif et celui sur la coordination des budgets nationaux. Le Parlement a choisi une autre voie : il conserve ces deux règlements mais les réécrit pour les aligner sur les nouvelles règles de 2024. Il supprime notamment les dépôts portant intérêt prévus en cas de manquement, tout en gardant un système d'amendes pour les États qui ne corrigent pas leur déficit excessif.

02

Ce qui a été décidé

  1. 1

    Amende jusqu'à 0,02 % du PIBLorsque le Conseil constate qu'un État de la zone euro n'a pas pris d'action suivie d'effets pour corriger son déficit excessif, la Commission recommande dans les 20 jours une amende pouvant atteindre 0,02 % de la dernière estimation du PIB de l'année précédente. Cette amende est payée tous les six mois jusqu'à ce que le Conseil estime que l'État a agi.

  2. 2

    Décision réputée adoptée en 10 joursLa décision d'imposer l'amende est considérée comme adoptée par le Conseil sauf si celui-ci la rejette à la majorité qualifiée dans les 10 jours suivant la recommandation de la Commission. Seuls les États de la zone euro votent, et l'État concerné ne participe pas au vote.

  3. 3

    Plans budgétaires avant le 15 octobreChaque année, les États de la zone euro doivent envoyer à la Commission et à l'Eurogroupe, au plus tard le 15 octobre, un projet de plan budgétaire pour l'année suivante. Ce document est rendu public dès sa transmission et doit détailler la croissance des dépenses nettes, les mesures de recettes et de dépenses, les projections macroéconomiques et les dépenses par fonction, notamment pour l'éducation, la santé et la défense.

  4. 4

    Rapports tous les six mois ou chaque trimestreUn État sous procédure de déficit excessif doit présenter des rapports de suivi tous les six mois, puis chaque trimestre après une mise en demeure du Conseil, jusqu'à l'abrogation de la décision constatant le déficit excessif.

  5. 5

    Rapport d'application en 2030La Commission publiera un rapport sur l'application de ces règles au plus tard le 31 décembre 2030, puis tous les cinq ans, et le transmettra au Parlement et au Conseil. Le texte entre en vigueur le vingtième jour suivant sa publication au Journal officiel.

03

Résultat du vote

450Pour135Contre75Abstention

Le Parlement a adopté le texte par 450 voix pour, 135 contre et 75 abstentions, lors d'un vote électronique par appel nominal.

04

Ce que cela signifie pour les citoyens

Pour les habitants de la zone euro, les règles de surveillance budgétaire restent en place mais sont simplifiées : les dépôts portant intérêt en cas de manquement sont supprimés, tandis qu'une amende pouvant atteindre 0,02 % du PIB peut frapper un État qui ne corrige pas son déficit excessif, et elle est due tous les six mois tant que rien n'est fait. Les projets de budget nationaux deviennent plus lisibles : ils doivent être publiés dès leur envoi à Bruxelles, avant le 15 octobre, et préciser les dépenses par domaine comme l'éducation, la santé et la défense. Les États sous procédure de déficit excessif devront rendre des comptes plus souvent, tous les six mois ou chaque trimestre après une mise en demeure.

Tribune éditoriale

Déficits excessifs : le Parlement garde l'amende, jusqu'à 0,02 % du PIB

La Commission voulait supprimer le régime de sanctions de la zone euro. Le Parlement a fait l'inverse : il conserve une amende pouvant atteindre 0,02 % du PIB de l'année précédente, due tous les six mois tant que l'État fautif n'agit pas. La position de première lecture, approuvée avec le Conseil, transforme un mécanisme de discipline en rendez-vous semestriel avec la facture.

Ce qu'il faut retenir

  • Amende maximale de 0,02 % du PIB de l'année précédente, payable tous les six mois jusqu'à ce que le Conseil constate une action suivie d'effets.
  • La décision est réputée adoptée sauf rejet du Conseil à la majorité qualifiée dans les dix jours ; seuls les États de la zone euro votent, l'État concerné ne participe pas.
  • Plans budgétaires nationaux à transmettre avant le 15 octobre et publiés dès réception, avec dépenses par fonction (éducation, santé, défense).
  • Rapports de suivi semestriels, puis trimestriels après mise en demeure, jusqu'à l'abrogation de la décision de déficit excessif.

Une amende qui ne dit pas son nom

Le texte supprime le chapitre III et l'article 5 du règlement 1173/2011, mais remplace l'article 6 par une amende plafonnée à 0,02 % du PIB. Ce n'est pas une suppression, c'est une réécriture. La Commission proposait de tout abolir ; le Parlement a préféré garder un prix à payer pour l'inaction. Le mécanisme est simple : quand le Conseil constate qu'un État de la zone euro n'a pas corrigé son déficit excessif, la Commission recommande une amende dans les vingt jours. La décision est réputée adoptée si le Conseil ne la rejette pas à la majorité qualifiée dans les dix jours. L'État concerné ne vote pas.

Pour un gouvernement, l'incitation change : l'inaction a désormais un coût budgétaire récurrent, tous les six mois. Mais le montant reste modeste. Pour un État dont le PIB est de 300 milliards d'euros, 0,02 % représentent 60 millions d'euros par semestre, soit 120 millions par an. C'est moins qu'un programme sectoriel, mais assez pour figurer dans un débat budgétaire national. Le vrai levier n'est pas là : il est dans la publicité des plans budgétaires et dans la répétition des rapports.

La procédure de rejet est un pari sur la discipline collective. Une majorité qualifiée au Conseil peut toujours bloquer une amende, surtout si l'État fautif a des alliés. Le texte ne supprime pas cette échappatoire, il la rend visible. En confiant la décision à une majorité qualifiée inversée, le Parlement oblige les gouvernements à assumer publiquement leur clémence. C'est un progrès par rapport à un mécanisme enterré, mais ce n'est pas encore une règle automatique.

Le calendrier comme substitut à la sanction

Le second règlement, 473/2013, devient le vrai instrument de surveillance. Chaque année, avant le 15 octobre, les États de la zone euro envoient à la Commission et à l'Eurogroupe un projet de plan budgétaire. Le document est public dès transmission. Il doit détailler la croissance des dépenses nettes, les mesures de recettes et de dépenses, les projections macroéconomiques et les dépenses par fonction, y compris l'éducation, la santé et la défense. Pour un ministère des finances, cela signifie un exercice de transparence supplémentaire, mais aussi un outil de pression politique : un plan mal ficelé devient immédiatement un sujet de débat européen.

Les États sous procédure de déficit excessif rendent des comptes tous les six mois, puis chaque trimestre après une mise en demeure. La Commission peut demander des informations complémentaires. Ce n'est pas une sanction, c'est une obligation de rapport. Le coût est administratif, mais il est réel : les administrations nationales mobilisent des équipes pour produire ces documents, souvent en parallèle des procédures budgétaires nationales. La simplification annoncée par la Commission en février 2025 se traduit ici par une consolidation des obligations, pas par leur suppression.

Le rapport quinquennal de la Commission, premier exercice au 31 décembre 2030, est le seul rendez-vous où le mécanisme sera évalué. D'ici là, les États vivront avec un système qui combine une amende symbolique et une publicité contraignante. L'alternative libérale aurait été de supprimer purement et simplement les sanctions et de faire de la publication des plans budgétaires le seul mécanisme de discipline, en laissant les marchés et les électeurs juger. Le Parlement a choisi une voie intermédiaire : garder l'outil, mais en réduire la portée.

Une amende de 0,02 % du PIB, ce n'est pas une sanction, c'est un abonnement à l'inaction.

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