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Textes adoptés
Adopté2026-09-15Économie & marché

Le Parlement veut renforcer le rôle mondial de l'euro

Texte adopté
Pour40566 %
Contre14624 %
Abstention6010 %
Non votant00 %
Explication détaillée

Comprendre le texte adopté

En bref

Le Parlement européen a adopté une résolution qui demande à l'Union de réduire ses dépendances stratégiques et de renforcer sa capacité d'action autonome, tout en promouvant l'interopérabilité mondiale. Il appelle à compléter l'union de l'épargne et des investissements, à développer un actif sûr européen commun, à élargir la facturation en euros, à déployer une monnaie numérique de banque centrale de gros et l'euro numérique, et à étendre les lignes de swap. Il demande à la Commission, avec la BCE, de présenter une stratégie commune d'internationalisation de l'euro d'ici la fin 2026. Le Parlement demande à la Commission d'agir; ce n'est pas une loi.

01

Contexte

Le système monétaire international reste centré sur le dollar américain, qui représentait 57,8 % des réserves officielles de change mondiales fin 2024, tandis que l'euro en représentait environ 20 %. Les tensions géopolitiques et la fragmentation du commerce mondial ouvrent la voie à un système de réserve à plusieurs devises. Le Parlement estime que l'euro doit passer du statut de monnaie refuge passive à celui de monnaie internationale à part entière, avec des avantages en termes de coûts d'emprunt, de protection contre la volatilité des changes et d'influence géopolitique.

02

Ce qui a été décidé

  1. 1

    Actif sûr européen communLe Parlement demande la mise au point d'un actif sûr européen profond et liquide, émis à une échelle suffisante pour créer un marché liquide, alloué et géré au niveau de l'Union, avec un mécanisme de remboursement clair fondé sur des ressources propres prévisibles et crédibles, sans mutualisation de la dette nationale.

  2. 2

    Facturation en eurosLa Commission est invitée à relier les programmes d'investissement de l'Union à la facturation en euros tout au long des chaînes de valeur, à promouvoir l'utilisation de l'euro dans les accords commerciaux et les marchés publics dans le respect des règles sur les aides d'État, et à envisager des incitations ciblées pour la tarification et le règlement en euros des exportations de technologies propres.

  3. 3

    Infrastructure numérique et euro numériqueLe Parlement souligne que l'emprunt, le prêt et le règlement en euros nécessitent une infrastructure publique européenne pour les paiements et règlements numériques, avec une monnaie numérique de banque centrale de gros au cœur, et réaffirme son soutien total au déploiement de l'euro numérique, y compris pour réduire les coûts des envois de fonds.

  4. 4

    Lignes de swapIl appelle à élargir les lignes de swap bilatérales avec les États membres et à l'international, et invite la BCE à mieux rendre compte dans son rapport annuel au Parlement des critères d'éligibilité à ces lignes et à évaluer si ces critères servent l'internationalisation de l'euro, y compris pour les pays du Sud global.

  5. 5

    Stratégie commune d'ici fin 2026Le Parlement invite la Commission, en coopération avec la BCE, à présenter une stratégie commune d'internationalisation de l'euro au Parlement et au Conseil d'ici la fin de 2026.

03

Résultat du vote

405Pour146Contre60Abstention

La résolution a été adoptée par 405 voix pour, 146 contre et 60 abstentions lors d'un vote électronique par appel nominal.

04

Ce que cela signifie pour les citoyens

Cette résolution ne crée pas d'obligations juridiques: elle demande à la Commission et à la BCE d'agir. Si ces demandes se concrétisent, les entreprises européennes, en particulier les petites et moyennes entreprises, pourraient bénéficier de coûts de change plus faibles et de factures en euros plus simples dans le commerce international. Les ménages pourraient voir les frais d'envoi de fonds diminuer grâce à l'euro numérique de détail. Le développement d'un actif sûr européen commun vise à réduire les coûts de financement et à renforcer la stabilité financière, sans mutualiser les dettes nationales.

Tribune éditoriale

L'euro comme monnaie internationale : une ambition qui manque de discipline

Le Parlement européen a adopté une résolution qui demande à la Commission et à la BCE une stratégie commune d'internationalisation de l'euro d'ici fin 2026. L'objectif est juste : faire de l'euro une monnaie internationale à part entière, et non un refuge passif qui absorbe les chocs venus d'ailleurs. Mais le texte reste une liste de vœux, sans le levier qui compte : la discipline budgétaire et la libéralisation des marchés.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement demande une stratégie commune Commission-BCE d'ici fin 2026, sans obligation juridique.
  • Il soutient un actif sûr européen commun, avec de nouvelles émissions pour financer des biens publics européens, sans mutualisation de la dette nationale.
  • Il veut lier les programmes d'investissement de l'Union à la facturation en euros et encourager l'euro dans les marchés publics et les accords commerciaux.
  • Il appelle à élargir les lignes de swap et à intégrer le MES dans le cadre juridique de l'Union.

Une ambition monétaire sans levier budgétaire

Le Parlement veut faire passer l'euro du statut de refuge passif à celui de monnaie internationale. L'idée est bonne : une monnaie qui n'est utilisée que pour stocker de la valeur en période de crise n'offre ni les avantages de seigneuriage ni l'influence géopolitique d'une vraie monnaie de réserve. Mais le texte demande surtout des rapports, des stratégies et des incitations. Il ne dit pas ce qui rend l'euro attractif : des finances publiques crédibles et des marchés de capitaux profonds, liquides et intégrés.

Le Parlement le reconnaît à demi-mot : il souligne que des niveaux élevés de dette souveraine peuvent affaiblir la crédibilité budgétaire. Mais il ne tire pas les conséquences. Une monnaie internationale doit offrir des actifs sûrs en quantité suffisante. Or l'actif sûr européen qu'il appelle de ses vœux reste conditionné à de nouvelles émissions communes, avec un mécanisme de remboursement fondé sur des ressources propres prévisibles. Sans discipline budgétaire, ces émissions deviennent une nouvelle forme de dette partagée, et les investisseurs le verront.

L'alternative est simple : réduire la dépense publique et la fiscalité qui pèsent sur l'épargne et l'investissement, achever l'union des marchés de capitaux en supprimant les barrières nationales, et laisser les marchés évaluer le risque souverain sans garantie implicite. C'est moins spectaculaire qu'une stratégie commune, mais c'est ce qui crée un actif sûr crédible.

Facturation en euros : inciter plutôt que contraindre

Le Parlement invite la Commission à relier les programmes d'investissement de l'Union à la facturation en euros et à envisager des incitations ciblées pour les exportations de technologies propres. L'intention est louable : les PME européennes supportent des coûts de change et des risques de taux qui renchérissent leurs exportations. Mais toute incitation ciblée est une dépense publique ou une distorsion de concurrence. Le contribuable paie pour un résultat que le marché pourrait produire seul si les coûts de transaction en euros étaient plus bas.

Le vrai levier n'est pas l'incitation, c'est la simplification. Un marché unique des services financiers, des règles de comptabilité et de faillite harmonisées, et une infrastructure de paiement compétitive feraient plus pour la facturation en euros que des subventions. Le Parlement mentionne l'infrastructure de paiement publique et une monnaie numérique de banque centrale de gros. Soit. Mais il faut se demander qui paiera et qui décidera. Une infrastructure publique européenne peut réduire la dépendance aux systèmes américains, à condition qu'elle soit ouverte, interopérable et gérée avec discipline, pas comme un nouveau monopole bureaucratique.

Lignes de swap : la solidarité a un coût

Le Parlement demande à la BCE de mieux rendre compte des critères d'éligibilité aux lignes de swap et d'évaluer si ces critères servent l'internationalisation de l'euro, y compris pour les pays du Sud global. Il note aussi que l'Ukraine n'a pas de ligne de swap. La demande de transparence est légitime : la BCE doit répondre de ses choix devant les élus. Mais élargir les lignes de swap, c'est prendre un risque de crédit et de liquidité au nom de la politique étrangère. Chaque ligne accordée est un engagement implicite de la banque centrale, donc du contribuable européen.

La discipline veut que ces lignes soient accordées selon des critères économiques stricts, pas selon des considérations diplomatiques. Le Parlement a raison de demander des comptes, mais il ne doit pas transformer la BCE en instrument de politique étrangère. Une monnaie internationale inspire confiance parce que sa banque centrale est indépendante et prévisible, pas parce qu'elle distribue des swaps.

Une monnaie internationale ne se décrète pas : elle se mérite par la discipline budgétaire et la liberté des marchés.

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