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Adopté2026-07-07Économie & marché

Le Parlement demande une coordination fiscale pour le secteur financier

Texte adopté
Pour41864 %
Contre15223 %
Abstention8513 %
Non votant00 %
Explication détaillée

Comprendre le texte adopté

En bref

Le Parlement européen a adopté une résolution qui constate que les États membres ont créé 91 taxes sectorielles sur le secteur financier depuis la crise de 2008, ce qui fragmente fortement le paysage fiscal. Il demande une meilleure coordination au niveau de l'Union, notamment sur la déclaration pays par pays et la lutte contre l'évasion fiscale, et invite la Commission à étudier une réforme de la TVA appliquée aux services financiers. Le Parlement prend acte du retrait annoncé de la proposition de taxe sur les transactions financières, sans l'approuver ni le rejeter. Ce texte est une résolution : il ne crée pas de nouvelles règles contraignantes, il demande à la Commission et au Conseil d'agir.

01

Contexte

Les services financiers sont généralement exonérés de TVA dans l'Union depuis 1977. Cette exonération empêche les banques et assureurs de récupérer la TVA qu'ils paient sur leurs achats, ce qui renchérit leurs coûts et peut se répercuter sur les consommateurs. En parallèle, les États membres ont multiplié les taxes spécifiques sur le secteur financier, créant des règles différentes d'un pays à l'autre. Le Parlement estime que cette fragmentation freine les investissements transfrontières et nuit à l'union des marchés de capitaux. Il demande à la Commission d'évaluer les effets du régime de TVA actuel et d'envisager des options de réforme, y compris un groupement TVA transfrontière et l'intégration complète des services d'assurance dans la TVA.

02

Ce qui a été décidé

  1. 1

    91 taxes sectorielles recenséesLe Parlement note que les États membres ont introduit 91 taxes sectorielles sur le secteur financier depuis la crise financière, ce qui crée une forte fragmentation fiscale et des coûts administratifs supplémentaires pour les prestataires de services financiers.

  2. 2

    Coordination renforcée demandéeIl appelle à une coordination renforcée au niveau de l'Union, notamment dans la mise en œuvre de la directive sur l'imposition minimale, avec des règles solides de lutte contre l'évasion fiscale et des exigences de transparence, en particulier la déclaration pays par pays.

  3. 3

    Réforme de la TVA à étudierIl invite la Commission à examiner les incidences du régime actuel de TVA sur le secteur financier, à partager publiquement cette analyse et à envisager des options pour remédier aux effets de distorsion, y compris la possibilité d'un groupement TVA transfrontière, sous conditions de prix de transfert et de garanties anti-abus.

  4. 4

    Assurance : intégration à la TVAIl invite la Commission à évaluer la faisabilité de remplacer les taxes nationales sur les primes d'assurance par une intégration complète des services d'assurance dans le système de TVA, dans le cadre d'une éventuelle réforme de l'exonération.

  5. 5

    Siège central : Conseil invité à agirIl invite le Conseil à prendre position sur la proposition de directive établissant un système d'imposition en fonction du siège central pour les micro, petites et moyennes entreprises, en tenant compte de la résolution du Parlement du 10 avril 2024.

03

Résultat du vote

418Pour152Contre85Abstention

La résolution a été adoptée par 418 voix pour, 152 contre et 85 abstentions lors d'un vote électronique par appel nominal le 7 juillet 2026.

04

Ce que cela signifie pour les citoyens

Pour les particuliers, ce vote ne change pas directement les impôts ni les prix. Il ouvre la voie à une future réforme de la TVA sur les services financiers : si elle aboutit, les banques et assureurs pourraient récupérer la TVA payée en amont, ce qui pourrait réduire certains coûts, mais le Parlement insiste pour qu'aucune réforme n'entraîne de coût supplémentaire global pour les ménages à revenus faibles et intermédiaires. Les entreprises, notamment les banques transfrontières et les fintechs, pourraient bénéficier d'une plus grande clarté juridique et d'une réduction des charges administratives si les règles nationales étaient davantage coordonnées. Le texte demande aussi plus de transparence sur l'impôt payé par le secteur financier, ce qui pourrait renforcer la contribution de ce secteur aux recettes publiques.

Tribune éditoriale

Fiscalité du secteur financier : 91 taxes, zéro coordination, et un Parlement qui demande une étude

Le Parlement européen a adopté une résolution qui constate un fait simple : depuis 2008, les États membres ont créé 91 taxes sectorielles sur le secteur financier, sans aucune coordination. Il demande à la Commission d'étudier une réforme de la TVA et prend acte du retrait de la taxe sur les transactions financières. Mais ce texte ne crée aucune règle contraignante : il invite, il appelle, il encourage. Pour les banques et les assureurs qui opèrent dans plusieurs pays, la fragmentation fiscale reste entière, et le coût de la complexité continue de peser sur les investissements transfrontières.

Ce qu'il faut retenir

  • 91 taxes sectorielles sur le secteur financier ont été introduites par les États membres depuis la crise de 2008, créant une fragmentation qui renchérit les coûts administratifs et freine l'expansion transfrontière.
  • Le Parlement prend acte du retrait de la proposition de taxe sur les transactions financières (TTF) annoncé par la Commission dans son programme de travail 2026, sans appeler à une nouvelle proposition.
  • Il invite la Commission à évaluer l'impact du régime de TVA sur les services financiers et à envisager des options, y compris un groupement TVA transfrontière et l'intégration complète des services d'assurance dans la TVA.
  • Il demande une coordination renforcée au niveau de l'Union, notamment sur la déclaration pays par pays et la lutte contre l'évasion fiscale, tout en respectant la souveraineté fiscale des États membres.

Une fragmentation qui coûte cher, mais que personne ne paie

Les 91 taxes sectorielles recensées par le Parlement ne sont pas un détail statistique. Chaque taxe nationale a ses propres règles, ses propres définitions, ses propres procédures de déclaration. Pour une banque présente dans dix États membres, cela signifie dix systèmes fiscaux à maîtriser, dix ensembles de formulaires, dix calendriers. Le coût de conformité augmente, et ce coût est répercuté sur les clients ou sur les actionnaires. La fragmentation fiscale agit comme un droit de douane interne : elle protège les acteurs domestiques et pénalise ceux qui veulent grandir à l'échelle européenne.

Le Parlement a raison de pointer cette fragmentation. Mais sa réponse, une résolution non contraignante qui demande une coordination, ne change pas les incitations. Les États membres conservent leur souveraineté fiscale, et c'est leur droit. Le problème n'est pas qu'ils taxent, c'est qu'ils taxent chacun de leur côté sans considérer l'effet cumulé sur le marché intérieur. Une approche fondée sur la subsidiarité ne consisterait pas à harmoniser par le haut, mais à rendre la coordination bénéfique pour les États qui la choisissent, par exemple en permettant des guichets uniques ou des déclarations communes. Le texte reste dans l'incantation.

La Commission est invitée à évaluer l'impact du régime de TVA et à envisager des options. C'est une demande d'étude, pas une réforme. Or, pendant que l'étude est menée, les entreprises continuent de payer le prix de l'incertitude. Le coût du délai est réel : des projets d'expansion transfrontière sont reportés, des fintechs choisissent de se développer hors de l'Union, des capitaux partent vers des juridictions plus prévisibles. Le Parlement aurait pu demander un calendrier contraignant ou des mesures d'urgence pour les cas les plus flagrants de double imposition. Il ne l'a pas fait.

La TVA : une exonération de 1977 qui n'a plus de justification technique

L'exonération de TVA sur les services financiers date de 1977. À l'époque, appliquer la TVA à des services complexes était jugé administrativement impossible. Le Parlement reconnaît que les progrès technologiques et la numérisation pourraient remettre en cause cette justification. Mais il ne tire pas les conséquences : il demande une étude, puis une éventuelle réforme. Pourtant, l'exonération actuelle produit des effets pervers bien identifiés. Les banques ne peuvent pas récupérer la TVA payée sur leurs achats, ce qui les incite à internaliser des services plutôt qu'à les externaliser, limitant ainsi la spécialisation et l'innovation. Les petits acteurs et les fintechs, qui n'ont pas les mêmes économies d'échelle, sont désavantagés.

Le Parlement envisage deux pistes : un groupement TVA transfrontière et l'intégration complète des services d'assurance dans la TVA. La première pourrait réduire les coûts administratifs, mais elle reste facultative et limitée par des contraintes territoriales. La seconde remplacerait les taxes nationales sur les primes d'assurance par une TVA harmonisée. Dans les deux cas, le diable est dans les détails : les règles de prix de transfert, les garanties anti-abus, la définition des services émergents (crypto-actifs, finance décentralisée) ne sont pas résolues. Le texte demande à la Commission d'étudier la faisabilité, mais ne fixe aucun principe directeur pour éviter que la réforme ne devienne un monstre bureaucratique.

Une approche plus ambitieuse aurait consisté à poser un principe simple : toute réforme de la TVA sur les services financiers doit réduire le coût de conformité et ne pas augmenter la charge globale pour les consommateurs. Le Parlement le dit, mais sans mécanisme de contrôle. Il invite la Commission à partager publiquement son analyse, ce qui est un minimum. Il aurait pu exiger que toute proposition future soit accompagnée d'une étude d'impact indépendante et d'un test de subsidiarité. Ce n'est pas le cas.

91 taxes, 27 régimes, et une résolution qui demande une étude : le statu quo a encore de beaux jours devant lui.

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