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Textes adoptés
Adopté2026-06-18Affaires étrangères & défense

Le Parlement européen condamne la répression de la société civile au Burkina Faso

Texte adopté
Pour47685 %
Contre112 %
Abstention7513 %
Non votant00 %
Explication détaillée

Comprendre le texte adopté

En bref

Le Parlement européen a adopté une résolution qui condamne fermement la dissolution et la suspension d'organisations de la société civile au Burkina Faso et demande aux autorités burkinabè de revenir immédiatement sur ces mesures. Il réclame aussi la fin des intimidations, des enlèvements et des détentions arbitraires visant journalistes, défenseurs des droits humains et opposants. Le texte appelle à une feuille de route crédible vers des élections libres et une gouvernance civile. Le Parlement demande à la Commission européenne d'agir ; ce n'est pas une loi.

01

Contexte

Depuis le coup d'État militaire de 2022, la situation politique, sécuritaire et des droits humains s'est fortement dégradée au Burkina Faso. Le gouvernement a dissous tous les partis politiques et 118 organisations de la société civile, suspendu des centaines d'associations dont l'Union générale des étudiants burkinabè, et exigé que les organisations ferment leurs comptes bancaires pour les transférer vers une banque contrôlée par l'État. La loi n° 011-2025/ALT sur la liberté d'association impose des exigences restrictives, le nouveau code des personnes et de la famille criminalise la promotion des relations homosexuelles, et un projet de loi visant à rétablir la peine de mort a été déposé. Des millions de personnes sont déplacées et dépendent de l'aide humanitaire.

02

Ce qui a été décidé

  1. 1

    Annulation immédiate des dissolutionsLe Parlement condamne fermement la dissolution et la suspension des organisations de la société civile et demande aux autorités burkinabè d'annuler ces mesures sans délai, notamment en modifiant la loi n° 011-2025/ALT, afin de garantir la liberté d'association, de réunion et d'expression.

  2. 2

    Fin des intimidations et détentionsIl exige l'arrêt immédiat des actes d'intimidation, de la conscription illégale, du harcèlement, des détentions arbitraires et des disparitions forcées visant les acteurs de la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits humains, les travailleurs humanitaires et les opposants politiques, et réclame des enquêtes indépendantes sur toutes les allégations de crimes et de violations des droits humains.

  3. 3

    Liberté de la presse et des partisLe Parlement appelle les autorités burkinabè à respecter la liberté de la presse, à lever les restrictions imposées aux médias et à permettre aux journalistes de travailler librement et en sécurité. Il demande aussi de rétablir les droits des organisations étudiantes et des partis politiques à s'organiser et de présenter une feuille de route crédible vers des élections libres et transparentes et une gouvernance civile.

  4. 4

    Non au retour de la peine de mortIl invite les autorités à s'abstenir de rétablir la peine de mort, à revenir sur leur décision de se retirer de la Cour pénale internationale et à cesser de criminaliser les actions de la société civile qui défendent les droits humains, l'égalité et la non-discrimination.

  5. 5

    Lutte antiterroriste et partenairesLe Parlement réaffirme que la lutte contre le terrorisme doit respecter pleinement le droit international des droits humains et le droit international humanitaire. Il constate que l'expulsion des troupes européennes, le démantèlement des partenariats sécuritaires et la recherche d'un partenariat avec la Russie n'ont pas amélioré la sécurité, et il appelle l'Union européenne à coordonner son action avec ses partenaires africains et à renforcer son soutien à la société civile et aux acteurs humanitaires.

03

Résultat du vote

476Pour11Contre75Abstention

La résolution a été adoptée par 476 voix pour, 11 voix contre et 75 abstentions lors d'un vote électronique par appel nominal le 18 juin 2026.

04

Ce que cela signifie pour les citoyens

Cette résolution ne crée pas d'obligation juridique pour les citoyens européens, mais elle engage la position officielle du Parlement européen. Elle demande à l'Union européenne de soutenir davantage la société civile et les acteurs humanitaires au Burkina Faso et de coordonner son action avec les partenaires africains. Les autorités burkinabè sont appelées à revenir sur la dissolution des organisations, à libérer les personnes détenues arbitrairement et à s'engager vers des élections libres. Le Parlement demande aussi à la Commission européenne et aux États membres d'agir en ce sens ; ce n'est pas une loi.

Tribune éditoriale

Burkina Faso : le Parlement européen nomme la répression, pas la realpolitik

Le 18 juin 2026, le Parlement européen a adopté par 476 voix pour, 11 contre et 75 abstentions une résolution qui condamne sans détour la dissolution de 118 organisations de la société civile et de tous les partis politiques au Burkina Faso. Ce n'est pas une loi, mais un acte politique qui engage l'Union et met les autorités burkinabè face à leurs contradictions : la junte a remplacé des partenariats de sécurité par une alliance avec la Russie, et la sécurité n'a pas progressé. Le texte exige l'annulation immédiate des dissolutions, la fin des détentions arbitraires et une feuille de route vers des élections libres.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement exige l'annulation immédiate de la dissolution des organisations de la société civile et la modification de la loi n° 011-2025/ALT qui impose des exigences restrictives aux associations.
  • Il réclame la fin des intimidations, de la conscription illégale, des disparitions forcées et des détentions arbitraires visant journalistes, défenseurs des droits humains et opposants, avec des enquêtes indépendantes.
  • Il appelle à ne pas rétablir la peine de mort, à revenir sur le retrait de la Cour pénale internationale et à cesser de criminaliser les actions de la société civile.
  • Il constate que l'expulsion des troupes européennes et le rapprochement avec la Russie n'ont pas amélioré la sécurité et demande à l'UE de coordonner son action avec les partenaires africains.

Une répression nommée, pas excusée

La résolution ne se perd pas dans les considérations générales. Elle pointe un mécanisme précis : depuis le coup d'État de 2022, la junte a dissous tous les partis politiques et 118 organisations de la société civile, suspendu des centaines d'associations dont l'Union générale des étudiants burkinabè, et exigé que les organisations ferment leurs comptes bancaires pour les transférer vers une banque contrôlée par l'État. La loi n° 011-2025/ALT sur la liberté d'association impose des exigences restrictives qui étouffent financièrement et administrativement les associations indépendantes. Le Parlement demande l'annulation immédiate de ces mesures et la modification de cette loi. Il ne s'agit pas d'ingérence : quand un État criminalise la défense des droits humains, l'Union a le droit de le dire.

Le texte exige aussi la fin des actes d'intimidation, de la conscription illégale, du harcèlement, des détentions arbitraires et des disparitions forcées. Il réclame des enquêtes indépendantes sur toutes les allégations de crimes. Ce n'est pas une concession à une quelconque « compréhension » des circonstances : la lutte antiterroriste, aussi légitime soit-elle, ne justifie ni les disparitions forcées ni le nettoyage ethnique des communautés peules. Le Parlement réaffirme que la lutte contre le terrorisme doit respecter le droit international des droits de l'homme et le droit international humanitaire. C'est un rappel que la fin ne justifie pas les moyens.

La résolution ne s'arrête pas aux droits civils. Elle appelle les autorités à s'abstenir de rétablir la peine de mort, à revenir sur leur décision de se retirer de la Cour pénale internationale et à cesser de criminaliser les actions de la société civile qui défendent l'égalité et la non-discrimination. Sur ce dernier point, le nouveau code des personnes et de la famille érige en infraction la « promotion » des relations homosexuelles. Le Parlement ne demande pas au Burkina Faso de changer de société : il lui demande de ne pas emprisonner ceux qui défendent des droits fondamentaux. La distinction est essentielle et le texte la tient.

Sécurité : le constat qui dérange

Le passage le plus fort est peut-être le constat sur la sécurité. Le Parlement note que l'expulsion des troupes européennes, le démantèlement des partenariats sécuritaires et la recherche d'un partenariat avec la Russie n'ont pas amélioré la sécurité. C'est un fait : les attentats terroristes continuent, des millions de personnes sont déplacées et dépendent de l'aide humanitaire. Ce constat n'est pas une ingérence dans les affaires intérieures, c'est une évaluation des résultats. La junte a choisi de rompre avec ses partenaires historiques et de se tourner vers Moscou ; elle doit maintenant rendre des comptes sur les conséquences. Le Parlement exprime aussi sa préoccupation face à l'influence croissante de la Russie, qui contribue aux violations des droits de l'homme et à la dérive autoritaire.

La résolution appelle l'Union européenne à coordonner son action avec ses partenaires africains et à renforcer son soutien à la société civile et aux acteurs humanitaires. C'est la bonne réponse : ne pas abandonner les populations, mais ne pas non plus blanchir un régime qui a choisi la répression. L'Union doit soutenir ceux qui, sur place, défendent les libertés, et conditionner son aide à des progrès vérifiables. Le texte ne demande pas de couper l'aide humanitaire, ce qui serait une faute morale, mais il demande de ne pas fermer les yeux sur les violations.

Le vote est sans ambiguïté : 476 voix pour, 11 contre et 75 abstentions. Les groupes qui se sont abstenus ou opposés n'ont pas voulu condamner clairement une junte qui a dissous toute opposition politique. Ce n'est pas une position de principe, c'est un choix politique. Le Parlement, lui, a choisi de nommer la répression et de fixer des exigences. Une résolution n'est pas une loi, mais elle est un acte politique qui engage l'Union et ses États membres. Elle sera transmise au Conseil, à la Commission, à la VP/HR, aux États membres, aux autorités burkinabè, à l'Union africaine et aux Nations unies. C'est peu, mais c'est un repère.

L'alternative libérale et subsidiaire serait d'aller plus loin : conditionner explicitement l'aide au développement et le soutien sécuritaire au respect de la liberté d'association et à la tenue d'élections libres, plutôt que de se contenter d'appels. Le Parlement aurait pu demander un mécanisme de suivi contraignant. Il ne l'a pas fait. C'est une occasion manquée, mais le signal envoyé reste fort.

Quand un régime dissout 118 organisations et tous les partis, le Parlement européen a le devoir de nommer la répression, pas de la relativiser.

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