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Textes adoptés
Adopté2026-06-17Affaires étrangères & défense

L'Albanie veut rejoindre l'UE : le Parlement européen fixe ses conditions

Texte adopté
Pour48374 %
Contre10316 %
Abstention7011 %
Non votant00 %
Explication détaillée

Comprendre le texte adopté

En bref

Le Parlement européen a adopté une résolution qui salue l'ouverture de tous les groupes de chapitres de négociation avec l'Albanie en 13 mois et prend acte de son ambition de clôturer les négociations d'adhésion d'ici fin 2027. Il demande aussi des réformes électorales, judiciaires et anti-corruption, un moratoire sur les constructions dans les zones protégées et des mesures correctives après des irrégularités dans le programme agricole IPARD II. Le texte n'est pas une loi : le Parlement demande au gouvernement albanais d'agir.

01

Contexte

Chaque année, la Commission publie un rapport sur les progrès des pays candidats à l'Union européenne. Le rapport 2025 sur l'Albanie sert de base au Parlement pour évaluer les réformes du pays. L'Albanie est candidate officielle depuis 2014 et négocie son adhésion depuis 2022. En 2025 et 2026, elle a accéléré le rythme en ouvrant tous les groupes de chapitres de négociation en 13 mois seulement. Le Parlement profite de ce rapport annuel pour saluer les avancées et lister ce qui reste à faire avant une éventuelle adhésion.

02

Ce qui a été décidé

  1. 1

    Moratoire dans les zones protégéesLe Parlement demande aux autorités albanaises d'arrêter immédiatement toute nouvelle autorisation, tout chantier et tout aménagement dans les zones protégées. Ce moratoire doit durer jusqu'à l'abrogation des dispositions incompatibles de la loi modifiée sur les zones protégées et jusqu'au respect total des normes européennes de protection de la nature. Tout projet devra faire l'objet d'une évaluation complète des incidences sur l'environnement, avec la participation du public.

  2. 2

    Réforme électorale avant les prochains scrutinsLe Parlement appelle la majorité et l'opposition à mener une réforme électorale globale avec la société civile, en appliquant les recommandations en attente de l'OSCE/BIDDH et de la Commission de Venise bien avant les prochains cycles électoraux. Il pointe les conditions de concurrence inégales, l'usage abusif de ressources administratives, le financement des partis, les achats de voix et les pressions sur les électeurs.

  3. 3

    Corriger les irrégularités du programme IPARD IIAprès des irrégularités graves constatées par l'Office européen de lutte antifraude (OLAF) dans la mise en œuvre du programme IPARD II en Albanie, le Parlement exige des mesures correctives immédiates et une transparence totale sur l'utilisation de l'aide financière de l'Union.

  4. 4

    Indépendance de la justice et lutte contre la corruptionLe Parlement demande la mise en œuvre intégrale des lois anti-corruption, notamment sur la protection des lanceurs d'alerte et les conflits d'intérêts. Il veut des ressources suffisantes pour le parquet spécial anticorruption (SPAK) sans limiter ses pouvoirs d'enquête, et plus d'efforts pour détecter, geler et confisquer les avoirs criminels. Il appelle aussi à exécuter dans les délais toutes les décisions de la Cour constitutionnelle.

  5. 5

    Droits des minorités et des couples de même sexeLe Parlement demande à l'Albanie de renforcer la protection des minorités ethniques et religieuses et des groupes vulnérables (Roms, Égyptiens, personnes handicapées, travailleurs migrants, personnes LGBTIQ+), de garantir l'enseignement en langues minoritaires et de protéger les droits de propriété de la minorité grecque. Il invite le gouvernement à créer un partenariat enregistré pour reconnaître et protéger les couples de même sexe, conformément à son plan d'action national 2021-2027.

03

Résultat du vote

483Pour103Contre70Abstention

Le Parlement a adopté la résolution par 483 voix pour, 103 contre et 70 abstentions, lors d'un vote électronique par appel nominal le 17 juin 2026.

04

Ce que cela signifie pour les citoyens

Pour les citoyens albanais, ce texte n'a pas force de loi : il s'agit d'une demande politique adressée aux autorités de Tirana. Concrètement, le Parlement européen conditionne son soutien à des progrès sur l'état de droit, la lutte contre la corruption, la liberté des médias et la protection de l'environnement. Les habitants des zones protégées pourraient voir les chantiers s'arrêter si le moratoire demandé est appliqué. Les couples de même sexe attendent toujours une reconnaissance légale. Les agriculteurs bénéficiaires du programme IPARD II pourraient subir des contrôles renforcés après les irrégularités signalées. Pour les citoyens de l'Union, l'enjeu est de s'assurer que l'argent européen est bien utilisé et que l'élargissement se fait sur des bases solides.

Tribune éditoriale

Albanie: le Parlement européen fixe le prix de l'adhésion

Le Parlement européen a adopté le 17 juin 2026 une résolution sur le rapport 2025 de la Commission concernant l'Albanie par 483 voix pour, 103 contre et 70 abstentions. Il salue l'ouverture de tous les groupes de chapitres de négociation en 13 mois et prend acte de l'ambition albanaise de clôturer les négociations d'ici fin 2027. Mais ce texte n'est pas une loi: c'est une liste de conditions politiques adressée à Tirana, et elle est lourde.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement exige un moratoire immédiat sur toute nouvelle autorisation, tout chantier et tout aménagement dans les zones protégées, jusqu'à l'abrogation des dispositions incompatibles de la loi modifiée sur les zones protégées.
  • Il appelle la majorité et l'opposition à une réforme électorale globale appliquant les recommandations en attente du BIDDH et de la Commission de Venise bien avant les prochains scrutins.
  • Après les irrégularités graves constatées par l'OLAF dans le programme IPARD II, il demande des mesures correctives immédiates et une transparence totale sur l'aide financière de l'Union.
  • Il invite le gouvernement albanais à créer un partenariat enregistré pour reconnaître et protéger les couples de même sexe, conformément à son plan d'action national 2021-2027.

Un rythme salué, une mise en œuvre à prouver

L'Albanie a ouvert tous les groupes de chapitres en 13 mois, et le Parlement le salue sans réserve. Mais ouvrir des chapitres n'est pas les fermer. Le texte prend acte de l'ambition de Tirana de conclure d'ici fin 2027, sans en faire une échéance contraignante. La vraie condition posée est ailleurs: la mise en œuvre rigoureuse de la législation adoptée. C'est là que le bât blesse, et le Parlement le sait.

Le rapport annuel de la Commission sert de base à cette résolution, qui n'est pas un acte législatif. Elle ne modifie aucune règle, ne crée aucune obligation juridique directe. Elle dit ce que le Parlement attend, et elle le dit avec précision. Pour les citoyens albanais, cela signifie que le soutien européen reste conditionné à des résultats concrets: justice indépendante, corruption jugée, médias libres, environnement protégé.

L'argent européen et l'état de droit

Le Parlement demande des ressources suffisantes pour le parquet spécial anticorruption (SPAK) sans limiter ses pouvoirs d'enquête, et davantage d'efforts pour détecter, geler et confisquer les avoirs criminels. Il relève que l'Albanie a reculé à la 91e place de l'indice de perception de la corruption en 2025, contre 80e en 2024. Ce n'est pas un détail: la corruption à haut niveau décourage l'investissement et détourne l'argent public. Sans confiscation effective, les réseaux criminels conservent leurs profits et continuent d'acheter des complicités.

Sur le programme IPARD II, les irrégularités graves constatées par l'OLAF appellent des mesures correctives immédiates. Le Parlement exige une transparence totale sur l'utilisation de l'aide de l'Union. Pour les agriculteurs albanais bénéficiaires, cela pourrait se traduire par des contrôles renforcés; pour le contribuable européen, c'est la condition minimale pour que l'argent versé ne se perde pas dans des circuits opaques. La confiance dans l'élargissement se joue sur ce genre de vérification, pas sur des discours.

Zones protégées: un moratoire, pas une politique

Le Parlement demande un moratoire immédiat sur toutes les nouvelles procédures d'autorisation, les travaux de construction et les interventions de développement dans les zones protégées, jusqu'à l'abrogation des dispositions incompatibles de la loi modifiée sur les zones protégées et jusqu'au respect total des normes européennes de protection de la nature. Tout projet devrait faire l'objet d'une évaluation complète des incidences sur l'environnement, avec la participation du public. C'est une demande politique, pas une loi: elle n'arrête pas les chantiers par elle-même, mais elle lie l'avancement de l'adhésion à ce point.

Un moratoire n'est pas une politique environnementale. Il suspend des décisions, il ne les remplace pas. L'alternative subsidiaire serait de conditionner les fonds européens à des résultats mesurables, plutôt que d'empiler des procédures. Mais le Parlement a choisi la voie politique: il fixe des conditions, et il laisse à Tirana la responsabilité de les remplir. Les habitants des zones concernées verront si les promesses se traduisent en actes.

Ouvrir des chapitres en 13 mois ne vaut que si les réformes suivent. Le Parlement a fixé le prix, pas la date.

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